dimanche 27 novembre 2016

Critique de Snowden



"Big Brother is watching you"


Oliver Stone fait partie de ces réalisateurs ayant visiblement mal digéré le passage à l’an 2000.
De l'humble avis de votre blogueur, ses dix derniers long-métrages oscillent entre le franchement mauvais (Alexandre, World Trade Center) et le tout juste moyen (Savages) sans jamais donner signe d’une éventuelle possibilité de résurrection. 
Nous étions alors très loin de ses plus belles œuvres que sont Né un 4 juillet, JFK ou encore Platoon.

C’est pourtant là que débarque Snowden, certainement l’excellent film qu’on attendait plus de la part du réalisateur subversif qui semblait s’être définitivement assagi tant sur le fond que sur la forme.

Mais qui est Snowden ? Pour les deux du dernier rang, Edward Joseph Snowden est un jeune informaticien qui réalisa son rêve de patriote idéaliste (comme le fut Stone dans sa jeunesse) lorsqu’il s’engagea en 2006 à la CIA puis à la NSA, un rêve qui se transforma rapidement en cauchemar lorsqu'il saisit l’ampleur de la surveillance mise en place à l’échelle mondiale par les Renseignements américains, s’introduisant sans scrupule dans notre vie privée.
Snowden décide alors de tout révéler à la presse en 2013, sacrifiant au passage sa propre liberté et ce très probablement pour le reste de son existence
Cette affaire n’est autre que le plus grand scandale d’espionnage de notre Histoire.

Ce qui frappe d’emblée le spectateur du film éponyme, c’est l’inspiration dont semble à nouveau disposer le cinéaste ; il multiplie les effets visuels symboliques et utiles à la narration tels que cette illustration du gigantesque réseau d’espionnage, ensemble de données personnelles qui prennent petit à petit la forme d’un œil ou encore ce dirigeant de la NSA parlant à Snowden via un écran géant le surplombant, nous rappelant immanquablement le Big Brother de George Orwell et contribuant à rendre le personnage principal minuscule et isolé par rapport à l’immensité de ce qui se trame autour de lui…autour de nous.
Une narration d’ailleurs éclatée entre passé et « présent » qui nous permet de suivre l’intrigue avec beaucoup intérêt, sans jamais s'y perdre, en la rythmant avec maestria sur 2h15 pour faire de Snowden un divertissement tout public plutôt qu’un documentaire (le brillant Citizenfour ayant déjà pris cette place), appuyé par une bande originale intense à défaut d’être originale (Craig Armstrong a un peu trop écouté du Zimmer).

Et c’est ici que le grand directeur d’acteur qu’est Oliver Stone se rappelle à notre bon souvenir, lui qui avait sublimé Tom Cruise dans Né un 4 juillet et Kevin Costner dans JFK réitère enfin ses bons choix en confiant le rôle principal de Snowden à Joseph Gordon-Levitt, acteur caméléon au sens noble du terme qui s’efface totalement derrière son personnage et livre ici l’une de ses meilleures performances dans une carrière qui prend un peu plus encore la tournure de celle des plus grands. 
Shailene Woodley campe Lindsay Mills, la compagne de l’informaticien et confère à l’œuvre un véritable cœur que l’on attendait pas forcément, les films traitant d’informatique et de lignes de codes étant généralement d’une implacable froideur. Ici, Stone place la relation Snowden-Mills au centre de l’intrigue et fait de ce couple à la belle alchimie le baromètre de l’état d’esprit d'Edward, sa paranoïa ne faisant que croître jusqu’à mettre en péril cette relation dont Lindsay est plutôt le pilier que le faire-valoir, une qualité relativement rare dans ce genre de métrage qui nous rappelle si nécessaire que derrière tout grand homme se cache une femme.

Héros moderne pour ne pas dire super-héros au vu des risques pris par le bonhomme à des fins purement démocratiques voire révolutionnaires, Snowden se voit offrir un grand film qui lui rend justice et relancera peut-être la carrière d’Oliver Stone au passage.
Le metteur en scène rebelle enfonce sans doute quelques portes ouvertes pour le spectateur connaissant le personnage sur le bout des doigts mais il devrait, dans son sillage, éveiller les consciences sur ce qui se passe derrière nos petits écrans.
Car, si personne n’est totalement dupe, savons-nous à qui nous confions notre vie privée et ce que nous faisons réellement pour la préserver ?

Note :  9 /10




Conseillé...
Déconseillé...

    -Aux inconditionnel(le)s de Joseph Gordon Levitt.

    -A ceux qui veulent en savoir plus sur cette sombre histoire.

    -A ceux qui doutent de la capacité de divertissement que peut avoir ce genre de film.
      

   - A ceux qui se fichent du sujet.
    


dimanche 13 novembre 2016

Coup de gueule/Coup de coeur



Miss Peregrine et les talents particulièrement gâchés.



Votre serviteur comptait à la base vous écrire une tartine à propos de Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, prêt à confirmer ce que la presse affirmait dans ses rubriques ciné, à savoir que le grand Tim Burton était enfin de retour avec un nouveau bijou à ne pas manquer. Il n’en sera rien puisqu’au final Miss Peregrine nous donne une preuve supplémentaire du fait que le cinéaste hirsute s’est probablement fait enlever par des Martiens et remplacer par son jumeau nonchalant et caricatural, qui use et abuse de la même recette depuis bientôt 7 ans. Une recette dont les seuls ingrédients neufs ne font qu’apporter un peu plus de mauvais goût à l’ensemble du festin auquel les nostalgiques rêvent encore.

Pourtant, le dernier Burton se défend plutôt pas mal dans ses deux premiers actes avec la présentation réussie de son univers et de ses enjeux, donnant raison à ceux qui s’enflamment sur le retour de leur roi gothique mais le château de cartes s’effondre d’un grand souffle lorsque méchants pathétiques et scènes d’action risibles s’invitent au spectacle, ce qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler le dernier acte du gâchis Dark Shadows.
N’y voyez pas là une critique gratuite et acharnée mais plutôt le cri du cœur d’un fan désabusé pour la 5ème fois d’affilée.
En effet, si Miss Peregrine est assurément un divertissement passable, est-ce suffisant quand il s’agit de Tim Burton aux commandes ?


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le Captain sort de sa "caverne".




Changeons de sujet avec la vraie bouffée d’air frais de 2016, la plus belle surprise de ce millésime jusqu’alors, j’ai nommé Captain Fantastic de Matt Ross, avec notamment Viggo Mortensen et Frank Langella.

Le postulat de départ est simplissime ; depuis l’hospitalisation de sa femme, Ben (Viggo Mortensen) poursuit seul leur plus belle réussite commune : élever leurs 6 enfants au cœur d’une forêt luxuriante, leur inculquant des valeurs anticapitalistes et un respect total de la nature. Pourtant, tout va basculer lorsque l’épouse de Ben décède, obligeant la meute à se rendre en ville pour des funérailles qui s’annoncent comme un choc culturel avec le reste de la famille, bien intégrée à la société.

Balayons d’emblée les doutes d’un revers de la main, Captain Fantastic évite les pièges du film indépendant moralisateur et pas subtil pour un sou. 
Oui, Le recul pris par le cinéaste pour raconter l’histoire et le devenir de cette famille est bluffant ; difficile de dire au final si Ben pourrait prétendre au titre de meilleur père du monde ou si ses méthodes strictes d’éducation évoqueraient celles d'un tyran
Son portrait d’homme solide comportant des fragilités en font un personnage extrêmement touchant, brillamment interprété par un Viggo Mortensen au sommet de son art (peut-être sa meilleure performance d’acteur?). 
Et la troupe d’«enfants» (l’aîné ayant plus de 20 ans) n’est pas en reste, ils bénéficient tous d’un soin particulier et l’on ressent que chacun a été dirigé avec minutie, rappelant au passage le personnage de Ben qui ne laisse aucun de ses enfants pour compte, leur donnant le maximum de son temps afin d’en faire des êtres accomplis, polyglottes, cultivés et athlétiques tels les Enfants Perdus de Peter Pan mais… prisonniers du mode de pensée du pater familias?

Matt Ross nous livre en tout cas une œuvre ambiguë d’une beauté visuelle indéniable. Pour son premier film distribué mondialement il se paye le luxe de donner un coup de pied dans la fourmilière des divertissements écolos un peu trop prompts à nous donner la solution miracle à tous les maux sans questionner les pour et les contre d’une vie dédiée à la nature ; pour exemple, les enfants de Captain Fantastic sont brillants mais n’en demeurent pas moins impolis en société et n’hésitent pas à voler quand leur patriarche leur en donne le signal
Où sont les limites d’une telle éducation ? La vie en marge de cette société qui nous phagocyte dès le plus jeune âge est-elle réellement possible ? Ce Ben n’est-il pas plutôt un Captain Utopian qu’un Captain Fantastic ?
Autant de questions autour desquelles le film laisse le spectateur s’interroger et débattre à sa guise sans pour autant être prise de tête car le long-métrage sait aussi faire naître le rire au détour de situations cocasses mais aussi émouvoir
Ce qui amène d’ailleurs à parler des quelques faiblesses du film ; on pourra évoquer une musique parfois un peu trop présente, un chant qui aurait pu s’arrêter quelques minutes avant ou une fin qui aurait peut-être dû rester dans l’émotion pure plutôt que de jouer la carte du ressort comique
Qu’importe, Captain Fantastic est une œuvre nécessaire, un conte sans morale accablante qui flirte avec la perfection. L’un des films de l’année, tout simplement.

Note :  9,5 /10



Conseillé...
Déconseillé...

    -Aux amateurs de films qui remettent en cause le système sans accabler le spectateur.

     -Aux fans de Viggo Mortensen.

     -A ceux qui pensent que les films d'auteur sont prétentieux et soporifiques.
      

     - Aux autres.
    


Prochaine critique: Snowden


dimanche 9 octobre 2016

Critique de Kubo et l'Armure Magique



Le samouraï et ses (orig)amis


Jeune studio d’une petite dizaine d’années s’étant révélé avec la superbe adaptation de Coraline, Laika est de retour sur nos écrans après les divertissements relativement mineurs qu’étaient L'Etrange Pouvoir de Norman et Les Boxtrolls.

Mais quel retour ! 
Ce Kubo et l’Armure Magique est la première réalisation de Travis Knight et il va sans dire que le directeur du studio a voulu frapper très fort dès son coup d'essai derrière la caméra, comme s’il était désireux de montrer la voie à son équipe qui, même si elle délivre en permanence des résultats techniquement irréprochables, pèche un peu sur l’aboutissement narratif  de ses dernières créations.

Cette fois, difficile de faire la fine bouche tant Kubo nous happe d’entrée avec son introduction des plus bluffantes, où le narrateur (le héros lui-même) nous recommande de ne plus cligner des yeux de toute son histoire pour éviter un grand malheur.
Un conseil qui prête à sourire mais qui prend tout son sens dès lors que l’immense beauté du long-métrage se déploie à l’écran dans un crescendo on ne peut plus captivant.

Tel un artiste de Laika donnant vie à ses figurines en image par image, Kubo est un conteur hors-pair utilisant son shamisen (banjo japonais) et ses origamis pour faire vivre de belles histoires à un public assidu
Mais une malédiction l’empêche de rester loin de son abri à la tombée de la nuit sous peine de se faire rattraper par les démons venus d’un périlleux passé… Evidemment, un imprévu empêche le jeune garçon de rentrer chez lui au crépuscule, l’entraînant alors dans une aventure où souvenirs et quête d’identité s’entrechoquent pour faire voler en éclats toutes ses certitudes.

D’une richesse visuelle et thématique rarement atteinte dans le cinéma d’animation, Kubo et l’Armure Magique (and the Two Strings en VO, un titre beaucoup plus juste et métaphorique) est ambitieux et s’inscrit avec brio dans la tradition des récits de fantasy épique à la J.R.R. Tolkien ou C.S. Lewis tout en empruntant aux codes du film de samouraï et à la mythologie japonaise
Ce mélange magique prend vie devant nos yeux dans un tableau fourmillant de détails animés à la perfection. 
Laika assoit définitivement son statut de maître de la stop-motion  et on ne peut que souhaiter l’ouverture prochaine d’une expo dédiée à l'ensemble de son œuvre pour pouvoir en admirer les trésors de plus près (votre blogueur vous invite d’ailleurs à regarder la vidéo en fin de critique pour constater le boulot colossal abattu pour créer un tel projet).

Malheureusement, s’éloigner des techniques mainstream et des poncifs lourdement régurgités dans le cinéma pour enfants (ou devrait-on dire, infantilisant) est une pratique qui ne semble pas vraiment payer puisque Kubo est à l’évidence un échec commercial alors que l'unanimité critique est au rendez-vous. 
La faute probablement au faible budget alloué à la promotion du film malgré la présence au casting vocal de pointures telles que Charlize Theron, Matthew Mcconaughey, Rooney Mara et George Takei, par ailleurs tous impeccables.
On ne peut alors s'empêcher  de parcourir d'un regard désabusé cette salle quasiment vide autour de soi et de se demander pourquoi le nouveau Laika n'est pas un succès retentissant et immanquable comme le sont devenus (souvent à juste titre) les Pixar. Les voies du marketing sont décidément impénétrables...

Comment donc vous encourager à vous ruer en salle pour admirer la dernière merveille de ce génial studio
En clamant que vous n’avez certainement jamais vu un film d’animation traiter avec autant de justesse du deuil et de la puissance des souvenirs pour se (re)construire en tant qu’humain ?
En vous jurant que le spectacle visuel et sonore est absolument sublime, riche en humour, émotion et action?
Ou bien, disons tout simplement que Kubo et l’Armure Magique est mon premier chef-d’œuvre de 2016
Une ode à la mémoire avec un grand M qui restera, à coup sûr, dans celle des valeureux spectateurs ayant pris le risque de s’aventurer en salles pour déballer ce véritable cadeau que le Cinéma leur offre sur un plateau d'origami.


Note :  10 /10


Le making of Kubo



Conseillé...
Déconseillé...

    -Aux amateurs d'animation au sens large.

    -Aux férus de culture japonaise.

    -A ceux qui pensent que l'animation, ce n'est que pour les mioches.
      

   -Vous êtes toujours là? Vraiment!? Kubo n'attend plus que vous.
    





Prochaine critique: Captain Fantastic

lundi 26 septembre 2016

Critique d'Un Petit Boulot



Silence... (grand) Cinéma!



Qu'on se le dise, 2016 est une belle année pour le cinéma francophone : après un Five désopilant, un Adopte un veuf efficace et Un homme à la hauteur convenu mais plutôt touchant, Un Petit Boulot a attiré l'attention de votre blogueur avide de découvertes.

Le nouveau -et malheureusement dernier- film de Pascal Chaumeil (paix à son âme) a d'emblée tout pour séduire : un synopsis accrocheur, une adaptation signée Michel Blanc et la présence de Romain Duris au casting.

C'est d’ailleurs ce dernier qui surprend le plus dans cette production belgo-française, puisqu'une fois n'est pas coutume, il joue le rôle d'un homme complètement à la dérive, au look négligé, endetté jusqu'au cou suite à un licenciement boursier, prêt à accepter un petit boulot... oh trois fois rien... tuer la femme de son ami mafieux et bookmaker cocu à ses heures, campé par un délicieux Michel Blanc
Mais peut-on réellement s’improviser tueur à gages ?

Ainsi, humour cynique et satire sociale sont au programme d'un spectacle à la mise en scène irréprochable.
Il faut dire que le réalisateur nous avait déjà séduits avec son Arnacoeur soufflant déjà un grand coup de frais sur la comédie romantique, un genre alors devenu des plus prévisibles.

Ici, on est surtout frappé par le rythme et la précision des dialogues d'Un Petit Boulot, une oeuvre bien huilée qui ne cède jamais à un quelconque moment de flottement, repoussant l'ennui si loin qu'on en reprendrait bien une petite demi-heure.
Entre la performance subtile d'un casting en grande forme (enfonçons le clou une bonne fois, Duris et Blanc sont prodigieux) et une intrigue qui sort sans cesse des sentiers battus en adoptant une tonalité qui lui est propre, quel régal!
Trouvant le parfait équilibre entre comédie noire, thriller psychologique et juste portrait de notre société capitaliste à échelle tout ce qu’il y a de plus humaine, Pascal Chaumeil nous propose ni plus ni moins qu’une leçon de cinéma français, une œuvre à montrer dans les écoles pour sa pertinence et sa désinvolture qui n’ont d’égal que la maîtrise totale dévorant l’écran.

Qu’aurait-on à redire sur ce long-métrage ? 
Pas grand chose si ce n’est qu’il lui manque sans doute une vraie scène culte, un plan marquant la rétine ou une réplique qui « tue », justement, pour entrer au panthéon des films noirs atypiques. 

Quoiqu’il en soit, un double constat s’est imposé après visionnage : primo, le toupet de Pascal Chaumeil va beaucoup manquer au Cinéma et secundo, sans chauvinisme aucun, ce Petit Boulot... c’est incontestablement du très bon boulot.

Note :  9 /10



Conseillé...
Déconseillé...

    - Aux amateurs d'humour caustique et de thrillers bien noirs, sans lait ni sucre.

    - Aux inconditionnels de Romain Duris et/ou Michel Blanc.

    - A ceux qui pensent que le cinéma français, c'est "toujours la même chose".
      

    - A ceux qui veulent rire à gorge déployée, puisque c'est avant tout un film satirique.

    - Aux bisounours.